La virgule : « Je suis le plus stylistique des signes de ponctuation. »

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Ah, la virgule… Un signe de ponctuation discret, parfois à peine audible, mais qui se glisse partout ou presque. Lassée d’en oublier encore de temps en temps dans mes textes, j’ai décidé de faire le point directement avec elle. Une bonne dose de syntaxe, une pincée de stylistique, et voici ses confessions ! À quoi sert la virgule ? D’où vient-elle ? Quelles sont ses règles et ses exceptions ? Tour d’horizon, avec exemples, pour ne plus jamais l’oublier au détour d’une phrase…

Comment bien employer la virgule ?

Portrait d’une virgule

Virgule, tout d’abord, à quoi servez-vous ?

J’ai de nombreux emplois ! Pour faire simple, disons que je marque une pause courte dans une phrase, sans changement d’intonation. Je permets aussi d’isoler certains termes. Toutefois, si ma valeur est légère, mon emploi, lui, est complexe, et dépend beaucoup du style de l’auteur !

D’où venez-vous ?

Tout droit de l’Antiquité grecque, ou presque. L’histoire de la ponctuation remonte au IIIe siècle avant JC. C’est là qu’Aristophane de Byzance, et d’autres grammairiens de la bibliothèque d’Alexandrie, a inauguré l’hypostigmè, le « point d’en bas ». Une indication qui servait surtout à l’oral et permettait de reprendre son souffle. Cependant, c’est au XVIIIe siècle que la ponctuation moderne a vu le jour…

Pourtant votre nom vient du latin…

Tout à fait ! Virgule vient de « virgula », qui signifie « petite baguette ». Ou « petite verge », mais je préfère ne pas m’étendre sur le sujet…

Vous êtes donc passée des parchemins grecs aux écrans d’ordinateur. Un petit mot sur votre typographie ?

Ne me confondez pas avec le point-virgule ! Je ne prends pas d’espace avant, juste une espace après !

La virgule, la syntaxe avec style

Parlons maintenant syntaxe : vous entretenez une relation complexe avec les conjonctions de coordination…

Je vous le concède. Je me place systématiquement devant « mais », « or », « donc » et « car ». En revanche, les conjonctions de coordination comme « et », « ou » et « ni » se suffisent généralement à elles-mêmes. Toutefois, il m’arrive de les « doubler » ; cela permet de donner une indication sémantique en plus, une sorte de mise en relief.

« Un bon site web demande du contenu rédactionnel de qualité, donc un rédacteur web. »

« Un article structuré, et des images optimisés, améliorent le référencement naturel d’un site. »

Vous vous complétez aussi, parfois…

Seulement dans le cas d’une énumération ou d’une répétition. Pour une énumération, la conjonction se place entre les deux derniers éléments et je m’occupe des autres. Quant à la répétition, je n’interviens qu’au-delà de trois termes identiques, ou plus. Je me place alors devant chaque conjonction de coordination, sauf la première.

« Un bon rédacteur web SEO maîtrise la langue française, le référencement naturel et le balisage HTML. »

« Un bon rédacteur web ne transige ni sur la grammaire, ni sur la syntaxe, ni sur la conjugaison, ni sur la typographie. »

Comment séparez-vous des termes de fonctions différentes ?

Encadrer des groupes fonctionnels est une tâche passionnante ! Dans ce genre de cas, excepté si le groupe est en tout début ou en toute fin de phrase, je suis placée avant, comme virgule « ouvrante, et après le groupe, comme virgule « fermante ». Cela me permet de laisser libre cours à ma créativité à grands coups d’apposition, de relative explicative, d’ellipse ou d’apostrophe…

« On mange, les enfants ! » (Et non pas : « On mange les enfants ! »)

« SEO, je percerai tes secrets ! »

« Je me suis bien amusée, je l’avoue, à trouver ces exemples. »

Il est des cas où, toutefois, vous êtes tout simplement interdite…

C’est encore douloureux à admettre, mais je n’ai pas ma place entre des termes associés par la syntaxe, comme un couple sujet et verbe, verbe et attribut ou verbe et complément d’objet. Du moins, en principe…

En principe ?

Oui ! Même si la syntaxe n’exige pas ma présence, je bénéficie d’une grande liberté stylistique ! J’apporte une valeur sémantique en insufflant une pause suspensive. C’est beau, non ?

« Et puis l’avantage qu’il se sentait – qu’il avait tant besoin de sentir – sur eux, était peut-être moins de savoir, que de pouvoir leur montrer qu’il savait. » (Marcel Proust)

« La lumière était dure et brûlante, mais les objets qu’elle éclairait présentaient du moins une surface dure à laquelle vous aviez l’impression de pouvoir vous appuyer, vous accrocher, avec quoi vous tentiez de vous constituer un rempart contre cette infiltration, cette lézarde, cette question qui s’élargit, vous humiliant, cette interrogation contagieuse qui se met à faire trembler de plus en plus de pièces de cette machine extérieure,… » (Michel Butor)

Bonus : un texte sans virgule (ce texte a été écrit par un auteur professionnel, ne faites pas ça chez vous)

« Dans le mouvement qu’il fait pour saisir le coin supérieur des pages entre le pouce et l’index les rides et les saillies des veines s’effacent et la peau se tend sur le dos de la main qui semble alors fait d’un marbre lisse et rosé parcouru d’un pâle lacis bleuâtre. » (Michel Simon)

Enfin, dernière question : en plus de la langue française, on vous retrouve dans beaucoup d’autres domaines. Un mot sur vos passions cachées ?

Je m’implique depuis longtemps en linguistique. Vous me trouverez, par exemple, comme signe diacritique en roumain, en grec, mais aussi dans les langues salish, une famille de langues amérindiennes. J’ai également fait quelques expérimentations syntaxiques au XIXe siècle, avec la création d’une virgule d’exclamation par P. Villette. Enfin, j’aime aussi beaucoup servir de séparateur décimal en mathématiques !

Virgule d'exclamation

En bref :

  • La virgule amène une courte pause dans une phrase ;
  • Elle s’emploie pour séparer des mots ou des groupes de mots ;
  • Elle précède toujours les conjonctions de coordination « mais », « donc », « or »et « car » ;
  • Elle n’est pas obligatoire avant les conjonctions de coordination « et », « ni » et « ou » ;
  • Elle peut encadrer des propositions ;
  • Elle sert à mettre un élément en relief ;
  • Elle est l’un des signes de ponctuation les plus complexes de la langue française ;
  • En typographie, pas d’espace avant une virgule, mais une espace après.

Comme signe de ponctuation, la virgule est aussi incontournable que difficile à cerner dans la langue française. Les quelques points énoncés au-dessus devraient permettre de l’utiliser au bon endroit et de ne plus l’oublier ! Et vous, quel signe de ponctuation vous donne du fil à retordre ?

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Showing 3 comments
  • Hary Lala
    Répondre

    Merci beaucoup ! Très bel article.

    • Gwenn
      Répondre

      Merci Hary, c’est gentil ! Je prévois bientôt d’autres articles du même type ! 😉

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