Étymologie : où les Cordonniers sont pourtant bien chaussés

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Intérieur nuit, à table, tartiflette. Un couple d’amis nous raconte une histoire déchirante de chien et de ballerines Repetto neuves… Et c’est là que je me suis demandé : mais au fait, ça vient d’où, le mot « cordonnier » ? Chaussez vos meilleures baskets, nous partons en Andalousie !

Où tout commence par une guerre…

Bienvenue à Cordoue ! Située dans le sud de l’Espagne, la ville est bâtie sur les rives du fleuve Guadalquivir. Non loin de ses murs, se dresse le massif de la sierra Morena. Pour le moment, pas de Mosquée-Cathédrale ni de tour de la Calahorra. Nous sommes en juillet 711 et l’avenir des cordonniers se joue ici, avec Tariq ibn Ziyad. Qui, lui, n’était pas du tout cordonnier. Tariq Ibn Ziyad était un général ommeyyade, celui-là même qui conquit l’Espagne en seulement trois ans. Il vient alors tout juste de battre les Wisigoths à la bataille de Guadalete, asseyant l’emprise musulmane sur le sud de la péninsule. Cordoue, en arabe قرطبة , Qurṭuba, devient la capitale du nouveau royaume d’al-Andalous.

Plus tard, en 756, elle se voit ériger en capitale de l’émirat de Cordoue, fondé par le prince omeyyade Abd al-Rahman 1er. C’est le début d’une époque florissante : Cordoue devient un centre culturel et intellectuel de premier plan en Europe. Les musulmans apportent de nouvelles connaissances, notamment dans le domaine de l’artisanat textile. C’est ainsi que le cuir de Cordoue, estampé puis patiné, devient l’un des plus réputés d’Europe. Et, logiquement, il finit par prendre le nom de cordouan, en référence à sa provenance géographique.

De cordouan à cordonnier

Grâce au commerce, le cuir de Cordoue se fait connaître, notamment sur les bords de la mer Méditerranée. Le mot est, en effet, attesté en Provence (cordoneir) et en Italie (cordovaniere). En France, on le trouve dès le XIIe siècle sous une forme latine (corduanarius), avant que l’ancien français ne nous livre une version plus proche de la nôtre avec cordoennier. Le mot deviendra finalement cordonnier, aux alentours du XVIe siècle. Il supplantera alors définitivement d’autres mots qui lui étaient sémantiquement proches, comme le corvoisier latin.

Certaines mauvaises langues (hein, Pétrus Borel !) auraient voulu faire croire que le mot cordonnier dérivait de cors, car les chaussures en donneraient à leur porteur. Ne nous laissons pas berner et remercions silencieusement les cordonniers, sans qui marcher sur un Lego fait beaucoup plus mal…

Les cordonniers ont donc fait un joli bout de chemin depuis l’Andalousie. Fabricants de souliers, raccommodeurs, ils ont même inspiré quelques proverbes à la langue française, comme :

«Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés », c’est-à-dire que ceux qui savent faire quelque chose n’en tirent généralement pas parti pour eux-mêmes.

Ou

« Cordonnier, mêlez-vous de votre pantoufle ! », histoire d’expliquer gentiment à quelqu’un qu’il s’occupe d’affaires qui ne le regardent en rien.

Enfin, « cordonnier » est aussi un homonyme, désignant un poisson de l’Océan Indien.

Vous savez maintenant tout sur l’étymologie du mot « cordonnier ». Pensez-y la prochaine fois que vous irez acheter des chaussures ! Oh, et rassurez-vous : les ballerines Repetto ont bien été réparées et ont retrouvé leur place dans le couloir de l’entrée. Avant de croiser, à nouveau, les dents d’un chien décidément très joueur…

C’est le premier article de ce genre que je publie ici et je me suis bien amusée. Pas sûre qu’il soit SEO-friendly, mais après tout, c’est dimanche. Rendez-vous la semaine prochaine ? ll se pourrait qu’on aille faire un tour aux Caraïbes

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